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Namsira
Éthique de l'argent

Usure (riba) en islam : définition et 7 contrats où elle se cache

Usure en islam : ce que recouvre le riba, 7 contrats du quotidien où il se cache (crédit, agios, livret) et les solutions décrites par les savants.

7 min de lecturepar Namsira

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Le droit français connaît bien le mot usure : la Banque de France publie chaque trimestre des taux plafonds, dits taux de l'usure, au-delà desquels prêter devient un délit. La loi fixe donc une limite haute. La tradition musulmane pose la question autrement : ce n'est pas le taux excessif qui définit l'usure en islam, c'est le surplus lui-même. Un prêt à 20 % et un prêt à 2 % relèvent, aux yeux des juristes musulmans, de la même catégorie : le riba.

Cet article te donne une définition claire de l'usure au sens islamique, puis passe en revue sept contrats du quotidien où elle se glisse sans dire son nom. Un cadre avant de commencer : Namsira décrit les notions et rapporte les positions des savants, sans délivrer d'avis religieux. Pour ta situation précise, la référence reste un savant ou un comité qualifié.

Usure en islam : ce que le mot riba recouvre vraiment

Dans le vocabulaire de l'islam, l'usure, riba en arabe, désigne tout surplus exigé sans contrepartie réelle dans un prêt ou un échange. Pas seulement un taux abusif : tout surplus. Le mot vient de la racine arabe raba, « augmenter ». Ce qui est visé, c'est l'argent qui produit de l'argent par le seul écoulement du temps, sans travail, sans marchandise, sans risque partagé.

L'interdiction s'appuie sur des textes explicites. La sourate Al-Baqara oppose le commerce licite au riba (verset 275), puis adresse à ceux qui persistent l'un des avertissements les plus solennels du Coran (versets 278-279). Les savants, toutes écoles confondues, rangent le riba parmi les péchés majeurs ; leurs débats portent sur ses frontières exactes dans la finance moderne, pas sur l'interdit lui-même.

Les juristes en distinguent deux formes. Le riba al-nasi'ah : le surplus lié au délai, comme les 100 euros exigés en plus sur un prêt de 1 000 euros remboursé dans un an. C'est la mécanique du crédit à intérêt. Le riba al-fadl : l'échange direct et inégal de biens de même nature ; un hadith rapporté notamment par Muslim cite six biens, l'or, l'argent, le blé, l'orge, les dattes et le sel. Notre article « Qu'est-ce que le riba ? » détaille ces deux formes ; ici, on s'attaque à la partie immergée : les contrats où l'usure avance masquée.

Les 7 contrats où l'usure se cache

Le prêt à intérêt affiché n'est que la partie visible. Voici sept contrats courants où la même mécanique, un surplus assis sur le temps, se présente sous d'autres noms. Pour chacun, la description rapporte l'analyse courante des juristes de la finance islamique ; l'examen d'un contrat précis revient à une référence qualifiée.

1. Le crédit à la consommation. Le cas d'école : tu empruntes 5 000 euros, tu en rembourses 5 600 sur trois ans. Les 600 euros ne paient ni bien ni service : ils paient le temps. C'est la définition même du riba al-nasi'ah dans l'analyse des juristes, quel que soit l'habillage marketing du contrat.

2. Le découvert bancaire. Les agios sont des intérêts débiteurs : quelques jours dans le rouge, et la banque facture un pourcentage calculé au jour le jour. Même mécanique que le crédit, en plus discret et souvent en plus cher. Les juristes en font la même lecture.

3. Le livret d'épargne rémunéré. Ici, le prêteur, c'est toi. Le taux garanti d'un livret rémunère la mise à disposition de ton argent, pas un travail ni un risque : la banque te verse un surplus pour disposer de tes fonds. Les savants consultés sur la question y voient le miroir exact du crédit à intérêt.

4. Le paiement fractionné payant et le crédit renouvelable. Payer en quatre fois « moyennant frais », c'est acheter du délai. Le crédit renouvelable ajoute une réserve d'argent facturée à des taux souvent proches des plafonds légaux. Dès qu'un surplus est indexé sur le temps, l'analyse des juristes reste la même.

5. Les pénalités de retard conservées par le créancier. Augmenter la dette de celui qui paie en retard, c'est vendre du délai : les juristes y reconnaissent la forme d'usure que pratiquait déjà l'Arabie préislamique. Les standards AAOIFI décrivent une voie médiane : une pénalité dissuasive peut figurer au contrat, à condition d'être versée à des œuvres caritatives, pas au créancier.

6. Les frais de dossier indexés sur le montant et la durée. Des frais qui rémunèrent un travail réel d'étude ne posent pas problème aux juristes. Mais des « frais » proportionnels au capital prêté et à la durée du prêt reproduisent un intérêt sous un autre nom : c'est l'habillage que les comités de conformité traquent en premier.

7. Le rééchelonnement payant d'une dette. « Paie maintenant ou paie plus » : allonger le délai contre une augmentation du montant dû est précisément, dans l'analyse des juristes, le riba al-jahiliyya, l'usure préislamique visée par les textes. Un rééchelonnement qu'ils décrivent comme conforme ne peut donc pas accroître la dette.

Commerce ou riba : où passe la ligne

La ligne de partage tient en deux mots : risque et contrepartie. Une marge commerciale rémunère un bien livré, un travail fourni, un risque porté : la marchandise peut ne pas se vendre, s'abîmer, perdre de la valeur. L'intérêt, lui, est dû quoi qu'il arrive à l'emprunteur. C'est cette différence que le verset 275 met face à face : le commerce d'un côté, le riba de l'autre. Même une vente à crédit peut être conforme dans l'analyse majoritaire des juristes : le prix à terme peut dépasser le prix comptant, à condition d'être fixé une fois pour toutes le jour de la vente, sans jamais augmenter ensuite.

Cette ligne, des marchands l'ont incarnée. Arrivé ruiné à Médine, Abd al-Rahman ibn Awf, compagnon du Prophète, refuse la moitié de la fortune que lui offre son frère de foi et demande une seule chose : le chemin du marché. Du fromage, du beurre clarifié, de petites marges répétées chaque jour. La tradition rapporte qu'il signalait lui-même les défauts de ses marchandises et prêtait sans intérêt aux jeunes commerçants qui débutaient. Sa fortune est sortie de l'échange réel, jamais de la rente ; son parcours complet figure dans notre article sur les compagnons du Prophète.

Couverture de l'histoire « Abd al-Rahman ibn Awf » sur Namsira
FondationsAbd al-Rahman ibn AwfRuiné à son arrivée à Médine, Abd al-Rahman ibn Awf ne demande que le chemin du marché : des marges honnêtes sur des produits simples, des prêts sans intérêt, zéro rente.Découvrir l'histoire

1972 : l'usure débusquée dans les registres d'un changeur

L'histoire moderne offre le cas inverse : un homme qui traque l'usure jusque dans ses propres comptes. Riyad, 1972. Le changeur Sulaiman al-Rajhi, penché sur ses registres, découvre quelques lignes d'intérêts entrés dans ses comptes sans qu'il les ait demandés. Des sommes minuscules ; il racontera lui-même la scène bien plus tard. Il décide de nettoyer ses livres, puis nourrit une idée que les experts de l'époque jugent absurde : bâtir une banque entière sans intérêt.

Retirer l'intérêt d'une banque, disent les banquiers, c'est retirer le moteur d'une voiture et prétendre gagner la course.

La phrase vient du chapitre « Les intérêts découverts » de son histoire sur Namsira. La suite a déjoué le pronostic : il a fallu des années de consultations entre ministères, autorité monétaire et savants, mais le 29 juin 1987, un décret royal donne naissance à la Société bancaire et d'investissement al-Rajhi. L'ouverture du capital qui suit est, selon la presse de l'époque, très largement sursouscrite, pour un capital d'environ 750 millions de riyals. L'établissement est devenu la plus grande banque islamique du monde, financé à bas coût par des déposants qui ne réclament aucun intérêt. Aucune promesse à en tirer pour l'avenir ; une preuve, simplement, qu'un refus assumé peut devenir un modèle.

Couverture de l'histoire « Sulaiman al-Rajhi » sur Namsira
BâtisseursSulaiman al-RajhiEn 1972, Sulaiman al-Rajhi découvre des intérêts dans ses registres. Quinze ans plus tard, un décret royal autorise sa banque sans riba, devenue la plus grande banque islamique du monde.Découvrir l'histoire

Financer un projet sans passer par l'intérêt

Trois contrats structurent l'essentiel de l'offre décrite comme conforme. La mourabaha : l'établissement achète le bien, puis te le revend avec une marge convenue d'avance, payable en échéances qui n'augmentent jamais. L'ijara : une location, parfois assortie d'une promesse de vente, où le propriétaire garde à sa charge les risques liés à la structure du bien. La moudharaba : tu apportes le capital, un entrepreneur apporte son travail, et les profits se partagent selon un ratio convenu ; en cas de perte, tu perds ta mise, lui son temps.

Avant de signer, deux réflexes. Vérifie qui a validé le montage : les offres sérieuses s'appuient sur un comité de conformité identifiable, souvent adossé aux standards de l'AAOIFI, l'organisme de normalisation basé à Bahreïn. Puis chiffre le coût total : un contrat conforme n'est pas gratuit, il est structuré autrement. Nos articles « Crédit immobilier halal » et « Banque islamique en France : le vrai état des lieux » détaillent l'offre réellement accessible depuis la France, ses canaux et ses points de vigilance.

Intérêts déjà perçus : la marche décrite par les savants

Si des intérêts figurent déjà sur ton compte, l'avis largement répandu chez les savants tient en deux temps : ne pas les utiliser pour ton profit personnel, et t'en défaire en les versant à des œuvres d'intérêt général. Ils précisent que ce versement n'ouvre pas droit à la récompense de l'aumône : c'est une purification, on se sépare d'un gain jugé illégitime. Les services bancaires facturés pour un travail réel, tenue de compte, virements, change, sont en revanche couramment décrits comme licites par les juristes : la somme paie un service rendu, pas le temps qui passe.

Retiens la grille, elle tient en trois questions à poser à chaque contrat : qu'est-ce qui est vendu, qui porte le risque, le montant dû peut-il augmenter avec le temps ? Si la troisième réponse est oui, tu es probablement face à l'un des sept visages de l'usure décrits plus haut, et c'est le moment de soumettre le document à une référence qualifiée. C'est la discipline qu'ont pratiquée, à quatorze siècles d'écart, un marchand de Médine reparti du fromage et un changeur de Riyad penché sur ses registres : leurs deux histoires complètes, à lire et à écouter, t'attendent sur l'application Namsira.

Sources & pour aller plus loin

Questions fréquentes

L'usure en islam, c'est seulement un taux excessif ?
Non. Le droit français définit l'usure comme le dépassement d'un taux plafond publié par la Banque de France. Dans le vocabulaire de l'islam, le riba désigne tout surplus exigé sans contrepartie réelle dans un prêt ou un échange, quel que soit le taux : 2 % ou 20 % relèvent de la même catégorie aux yeux des juristes musulmans.
Un découvert bancaire est-il concerné par l'interdiction de l'usure ?
Les agios d'un découvert sont des intérêts débiteurs : un pourcentage facturé au jour le jour sur le temps passé dans le rouge. Les juristes de la finance islamique en font la même lecture que pour un crédit à intérêt. La prévention passe par la gestion serrée du compte ; pour ta situation précise, demande à une référence qualifiée.
Le paiement en plusieurs fois sans frais pose-t-il problème ?
Quand le prix payé en plusieurs fois est identique au prix comptant, sans frais ni pénalité qui augmente la dette, de nombreux savants le décrivent comme une simple vente à terme, admise. L'analyse change dès que des frais s'ajoutent : le surplus indexé sur le délai retombe dans la catégorie du riba. Fais examiner les conditions exactes avant de signer.
Comment financer un achat immobilier sans prêt à intérêt ?
Les contrats les plus courants sont la mourabaha (l'établissement achète le bien puis te le revend avec une marge fixée une fois pour toutes) et l'ijara (location assortie d'une promesse de vente). Les offres sérieuses sont validées par un comité de conformité, souvent adossé aux standards AAOIFI. Notre article « Crédit immobilier halal » détaille l'offre accessible en France.
Que faire des intérêts déjà versés sur mon livret ?
L'avis largement répandu chez les savants : ne pas les consommer pour ton profit et t'en défaire en les versant à des œuvres d'intérêt général, sans en attendre la récompense de l'aumône, car il s'agit d'une purification. Pour le calcul et les modalités propres à ta situation, rapproche-toi d'un savant ou d'un comité qualifié.

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