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Hamdi Ulukaya : le berger kurde qui a bâti Chobani et tout partagé

Chobani, née en 2005 du rachat d'une usine par le berger kurde Hamdi Ulukaya, pesait un milliard en cinq ans. Récit daté d'une ascension partagée.

6 min de lecturepar Namsira

Illustration abstraite : Hamdi Ulukaya : le berger kurde qui a bâti Chobani et tout partagé
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En 2007, un yaourt épais dans un petit pot arrive sur les étagères d'une épicerie de Long Island. Cinq personnes l'ont fabriqué dans une usine que Kraft avait abandonnée deux ans plus tôt. Ce yaourt s'appelle Chobani. Moins de cinq ans plus tard, la marque pèse plus d'un milliard de dollars de ventes annuelles et bouscule tout le rayon frais aux États-Unis.

Derrière ce pot, il y a un berger kurde arrivé à New York en 1994 avec environ 3 000 dollars en poche et presque pas d'anglais. Il s'appelle Hamdi Ulukaya. Son histoire n'est pas celle d'un coup de chance, mais d'un pari sur une usine que personne ne voulait, d'une recette travaillée pendant deux ans, et d'un choix rare : partager. Namsira la raconte, datée et incarnée, sans légende dorée.

Qui est Hamdi Ulukaya, le fondateur de Chobani ?

Hamdi Ulukaya est un entrepreneur d'origine kurde, né en 1972 à İliç, dans l'est de la Turquie, au sein d'une famille d'éleveurs qui fabriquait son propre fromage et son propre yaourt. Il arrive aux États-Unis en 1994 pour apprendre l'anglais et étudier le commerce. En 2005, il rachète une usine laitière fermée dans l'État de New York et lance Chobani. Voilà le résumé. Le chemin, lui, mérite d'être raconté en entier.

Ce schéma, partir avec presque rien et construire par le seul travail, tu le retrouves ailleurs. Rose Blumkin a quitté un village de l'Empire russe et débarqué en Amérique avec soixante-six dollars en poche et pas un mot d'anglais, avant de bâtir l'un des plus grands magasins de meubles des États-Unis. Deux immigrés, deux époques, une même mécanique : compter juste, travailler sans relâche, ne rien devoir au hasard.

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2005 : le rachat de l'usine qui donne naissance à Chobani

Chobani naît d'un pari. En 2005, Hamdi Ulukaya tombe sur une annonce : Kraft ferme une vieille usine de yaourt à South Edmeston, dans l'État de New York, et cherche à s'en débarrasser. Le bâtiment est fatigué, les machines datées. Là où d'autres voient des ruines, lui voit un outil. Il finance l'achat avec un prêt garanti par la SBA, l'agence fédérale américaine des petites entreprises.

Il ne se lance pas seul. Il embauche quatre anciens ouvriers que Kraft venait de licencier et fait venir un maître yaourtier de Turquie. À cinq, ils nettoient, réparent et cherchent la bonne recette. Cela prend près de deux ans. Ulukaya refuse les additifs et les épaississants : il veut un yaourt dense, riche en protéines, obtenu par égouttage, comme celui de son enfance.

En 2007, les premières caisses partent vers une épicerie de Long Island. Le succès est immédiat. Les rayons se vident, la demande grimpe plus vite que la production, et l'usine tourne bientôt jour et nuit. En moins de cinq ans, Chobani dépasse le milliard de dollars de ventes annuelles et devient la première marque de yaourt grec du pays. Le berger avait vu juste là où les experts n'avaient rien vu.

Le yaourt grec qui a bousculé les rayons américains

Pourquoi ce yaourt a-t-il tout changé ? Parce qu'il prenait le marché à contre-pied. À l'époque, les yaourts vendus aux États-Unis sont souvent liquides et très sucrés. Chobani propose l'inverse : épais, riche en protéines, avec une liste d'ingrédients courte et lisible. Pour beaucoup d'Américains, c'est une découverte.

La méthode grecque explique la texture. On égoutte le yaourt pour retirer le petit-lait, ce qui demande environ trois fois plus de lait qu'un yaourt classique. Le résultat est plus dense et plus crémeux. Ulukaya fait aussi un choix de placement décisif : il refuse le rayon spécialisé, réservé aux initiés, et impose ses pots dans le rayon frais principal, à côté des grandes marques, au même prix.

Le produit s'appuie sur un réseau de fermes laitières proches des usines. Ce lien direct avec les producteurs devient un argument : le consommateur veut savoir d'où vient ce qu'il mange. Cette exigence de qualité, tenue dans la durée, bâtit la confiance mieux qu'aucune campagne de publicité. La marque grandit par le bouche-à-oreille autant que par les rayons.

Twin Falls : de l'atelier à la plus grande usine du monde

La demande devient telle qu'une seule usine ne suffit plus. Ulukaya investit environ 450 millions de dollars à Twin Falls, dans l'Idaho, pour construire ce qui deviendra la plus grande usine de yaourt au monde. Le chantier sort de terre en 326 jours, un délai hors norme pour un site de cette taille, et l'usine ouvre en décembre 2012.

L'usine change une région entière. Elle crée des milliers d'emplois directs et indirects dans une zone rurale que l'industrie avait désertée. Les salaires sont supérieurs à la moyenne locale. Autour de la Magic Valley, des commerces rouvrent et une ville reprend souffle. Une entreprise de yaourt devient le poumon économique d'un territoire, et son fondateur en fait un point d'honneur.

2016 : Chobani partage 10 % de son capital avec ses salariés

En avril 2016, Ulukaya réunit ses salariés et leur annonce une chose inhabituelle : il leur donne des parts de l'entreprise, jusqu'à 10 % du capital, réparties entre environ 2 000 employés à temps plein. Selon leur ancienneté, certains reçoivent l'équivalent de plusieurs années de salaire. Le fondateur ne vend pas une idée : il partage la propriété de ce qu'ils ont bâti ensemble.

Ce geste prolonge une conviction plus ancienne. Ulukaya embauche des réfugiés depuis les débuts de Chobani. Il estime qu'environ 30 % de ses salariés sont des immigrés ou des réfugiés, venus de pays en guerre. L'entreprise finance des cours d'anglais et fournit des traducteurs. Dans les couloirs de Twin Falls, on entend plus d'une dizaine de langues différentes.

Rendre une part de sa fortune de son vivant, plutôt que d'attendre un testament, en rappelle un autre. En Inde, Azim Premji a bâti le géant informatique Wipro puis reversé la quasi-totalité de sa fortune à l'éducation, tout en gardant pour lui une vieille berline et le même bureau. Une phrase clôt l'histoire que Namsira lui consacre.

Ce que tu gardes pour toi s'éteint avec toi. Ce que tu rends continue de brûler, longtemps après que ta main a quitté l'interrupteur.

Ces mots ferment « Ce qu'Azim Premji nous apprend », le dernier chapitre de notre histoire consacrée à l'industriel indien. Ils éclairent le geste d'Ulukaya. En 2015, il signe le Giving Pledge, s'engageant à donner la majeure partie de sa fortune. Il fonde ensuite la Tent Partnership for Refugees, qui mobilise aujourd'hui des centaines d'entreprises pour former et embaucher des personnes déplacées.

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Café et lait d'avoine : Chobani au-delà du yaourt

Chobani ne s'arrête pas au yaourt. La marque se diversifie vers les boissons prêtes à boire et les alternatives végétales, comme le lait d'avoine et les crèmes à café. En 2023, elle rachète le torréfacteur La Colombe Coffee Roasters pour environ 900 millions de dollars. L'idée reste la même : accompagner le consommateur du petit-déjeuner au goûter avec des produits simples et lisibles.

La route n'a pas été sans accroc. En 2013, des moisissures sont détectées dans certains pots et Chobani doit procéder à un rappel. Plutôt que de minimiser, Ulukaya communique directement, présente ses excuses et retire les produits des rayons. La transparence, là encore, protège la réputation plus sûrement que le silence. La crise devient un banc d'essai pour renforcer les contrôles, et la marque en ressort plus solide qu'avant.

Retiens le geste, pas seulement les chiffres. Hamdi Ulukaya a racheté une usine que tout le monde fuyait, travaillé une recette pendant deux ans, puis partagé la propriété avec ceux qui la faisaient tourner. Si les bâtisseurs partis de presque rien te parlent, prolonge avec « Mohed Altrad : du désert syrien aux milliards » et « Careem : comment bâtir le Uber du Golfe à partir de rien », deux autres portraits du blog. Puis commence petit, aujourd'hui : la première brique de Chobani fut une annonce que personne d'autre n'a lue jusqu'au bout. Les récits complets, eux, s'écoutent chapitre par chapitre sur app.namsira.com.

Sources & pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qui est le fondateur de Chobani ?
Chobani a été fondée en 2005 par Hamdi Ulukaya, un entrepreneur d'origine kurde né en 1972 en Turquie, dans une famille d'éleveurs. Arrivé aux États-Unis en 1994 avec environ 3 000 dollars, il a racheté une usine de yaourt que Kraft venait de fermer, puis en a fait la première marque de yaourt grec du pays.
Comment Hamdi Ulukaya a-t-il lancé Chobani ?
Il a racheté une usine laitière fermée à South Edmeston, dans l'État de New York, grâce à un prêt garanti par la SBA. Avec quatre anciens ouvriers de Kraft et un maître yaourtier turc, il a passé près de deux ans à mettre au point une recette dense et sans additifs. Les premières caisses sont parties vers une épicerie de Long Island en 2007.
Pourquoi Chobani a offert 10 % de son capital à ses salariés ?
En 2016, Hamdi Ulukaya a donné des parts de l'entreprise, jusqu'à 10 % du capital, à ses quelque 2 000 employés à temps plein. Pour lui, ceux qui ont bâti Chobani devaient en détenir une part. Selon leur ancienneté, certains salariés ont reçu l'équivalent de plusieurs années de salaire le jour de l'annonce.
Où se trouve la plus grande usine de yaourt au monde ?
Elle se situe à Twin Falls, dans l'Idaho. Construite par Chobani en 326 jours et inaugurée en décembre 2012, elle a nécessité un investissement d'environ 450 millions de dollars. Elle traite des millions de litres de lait par semaine et a revitalisé une région rurale en créant des milliers d'emplois.
Quels sont les engagements d'Hamdi Ulukaya envers les réfugiés ?
Ulukaya embauche des réfugiés depuis les débuts de Chobani : il estime qu'environ 30 % de ses salariés sont des immigrés ou des réfugiés. Il a signé le Giving Pledge, promettant de donner la majeure partie de sa fortune, et fondé la Tent Partnership for Refugees, qui mobilise des centaines d'entreprises pour les former et les embaucher.

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